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fouilles sur le site de Zhoukoudian

Thursday 17 November 2005

Les tribulations de l’homme de Pékin - Libération - 17/11/2005

Paléontologie. Yves Coppens lance une campagne de fouilles sur le site de Zhoukoudian.

par Pierre HASKI

C’est un scénario pour un remake d’Indiana Jones : un trésor paléontologique perdu dans la confusion d’une guerre, un mystère toujours sans solution soixante-quatre ans plus tard, des archéologues qui s’apprêtent à reprendre les fouilles là où les merveilles disparues ont été découvertes...

C’est l’histoire de l’homme de Pékin (Sinanthropus pekinensis), l’un des ancêtres de l’humanité, volatilisé avant d’avoir livré tous ses secrets, vieux de cinq cent mille ans.

Selon le paléontologue français Yves Coppens, associé depuis plusieurs années à la remise en valeur du site de Zhoukoudian (à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale chinoise), où fut découvert l’homme de Pékin, il est probable qu’on ne retrouvera jamais la trace de ce trésor disparu ; même si ce savant plein d’humour n’exclut pas qu’un «collectionneur fou» puisse avoir entreposé ces crânes inestimables dans un antre, comme d’autres volent des toiles de maître invendables, pour leur simple plaisir. Cette hypothèse séduisante est toutefois mince...

Lorsque les équipes internationales, dont faisait partie Teilhard de Chardin, ont fouillé le site de Zhoukoudian dans les années 20 et 30, on ne connaissait alors que les hommes de Neandertal, de Cro-Magnon et de Java.

Leurs découvertes bouleversèrent les connaissances de l’époque sur les origines de l’homme. Aujourd’hui encore, le site de Zhoukoudian reste, selon le professeur Coppens, «un des dix plus grands sites, un des plus intéressants au monde». Sauf que, pour l’heure, il n’a pas grand-chose à offrir...

Navire coulé. Le site fut fermé en 1937 en raison du conflit sino-japonais. Mais en 1941, en pleine guerre mondiale, les chercheurs décidèrent de mettre en lieu sûr les trésors de Zhoukoudian, et en particulier la collection exceptionnelle de 14 crânes et 147 dents. Ils eurent la mauvaise idée de les envoyer à Washington.

Les caisses contenant les crânes, entreposées un temps à l’ambassade de France à Pékin, furent envoyées en train jusqu’à la côte où les attendait le navire de guerre américain USS President Jefferson. Le bateau américain fut coulé avant d’atteindre les rivages américains, mais il n’existe aucune preuve que les caisses de Zhoukoudian aient bien été chargées à bord. Tous les efforts accomplis depuis pour les retrouver ont été vains.

Attaque de bandits déçus de ne trouver «que» des crânes sans intérêt à leurs yeux, prise de guerre japonaise tue et cachée en raison de relations sino-japonaises jamais réellement apaisées, ou tout simplement des caisses qui pourrissent dans les cales d’un navire au fond d’un océan ? Toutes les hypothèses sont possibles.

Des rumeurs font régulièrement surface, comme celle que publiait en septembre la presse chinoise, selon laquelle un «grand révolutionnaire» aurait chez lui un morceau de crâne de Zhoukoudian, ou celle qu’un officier supérieur chinois aujourd’hui âgé de... 121 ans aurait affirmé que les crânes se trouvent «toujours en Chine».

Plutôt que de jouer les Indiana Jones, les scientifiques préfèrent se pencher sur le site de Zhoukoudian pour tenter de le faire de nouveau «parler».

Des fouilles chinoises, dans les années 50 et 60, n’ont permis de mettre au jour qu’un seul crâne et quelques ossements, une misère comparée à ce qui a disparu.

Depuis dix ans, les efforts ont repris grâce à la volonté d’équipes françaises et chinoises, sous le patronage de l’Unesco et avec le financement d’EDF, qui, aidées par le Laboratoire central des Ponts et Chaussées, mettent en valeur des techniques géophysiques généralement employées sur les chantiers de barrages ou des centrales nucléaires.

Une nouvelle phase va pouvoir s’ouvrir, avec le feu vert donné lors de la réunion, fin octobre, à Pékin, du Comité technique international du site de Zhoukoudian, sous la présidence du professeur Coppens.

Après une phase de sondages géophysiques qui a permis de découvrir un certain nombre de cavités pouvant avoir été habitées par d’autres hommes de Pékin, des carottages ont été prélevés qui vont être analysés, prélude à une véritable campagne de fouilles.

Menaces de destruction.

Selon Yves Coppens, il reste sans doute 20 % du site à fouiller, ce qui pourrait permettre de faire de belles découvertes et de reconstituer le trésor perdu.

Ce plan de relance s’accompagne d’un programme visant à la protection d’un site menacé de destruction par manque d’entretien ou suite aux dégradations naturelles liées au passage du public. Les visiteurs piétinent une zone qui n’a pas été fouillée et détient potentiellement d’importants vestiges.

Officiellement, les scientifiques français et l’Unesco se félicitent des engagements du gouvernement chinois à ce sujet et ont donné leur blanc-seing aux projets de construction d’un nouveau musée et d’un parc de Zhoukoudian destinés à donner au public chinois une meilleure connaissance de leur homme de Pékin et de sa place dans l’évolution de l’espèce.

Mais certains se méfient de la tentation commerciale qui, dans la Chine actuelle, pollue les projets les plus intéressants.

Ces fouilles permettront peut-être d’avancer dans la connaissance de cet homme de Pékin et de mieux comprendre cette «longue marche de l’homme» à partir de ses origines africaines, et dont le professeur Coppens, avec son collègue et partenaire chinois Wu Xingzhi, pense qu’elle passe par la Chine.

Une évolution qu’Yves Coppens affichait à Pékin sur sa cravate, représentant les crânes des différents homo découverts à travers le monde, pour terminer, ironisait-il, sur lui-même...